Un été de plus est passé. Une année bientôt. Puisque tu toucheras la vingtaine d'ici peu. Et quoi ? Nothing more to say. Mais tu continues d'écrire, pour toi, pour les autres, pour ne pas oublier qu'un jour tu as aimé. Aimer ? Comment fait-on ? Avec quelle couleur, quelle odeur ? Faut-il avoir certains outils pour cela ? Faut-il savoir donner, et pouvons-nous reprendre ce coeur qui semble si loin maintenant ? Et pourtant cet été, les nuits n'ont pas toutes été les mêmes. Il y a eu celles où ton corps frémissait de désir, et les autres où seule dans le noir tu cherchais un mur à étreindre. Les nuits dans ses bras, à compter les étoiles, et les autres où la lune te jouait sans cesse le même tour, te préférait les nuages et t'abandonnait à l'ombre. Un été de plus, une majuscule de plus, un bout de coeur qu'on laisse dans un coin en espérant qu'il le ramassera, mais il était déjà parti si loin de toi. Estonie, un goût amer dans la bouche, sous la langue et bien plus profondément encore. He's gone. So go on. Un été de plus. Les regards de travers, les plages que l'on déserte, le goût du chlore et l'envie de ne jamais toucher la fin. Cette dernière est inéluctable, et la vie semble vouloir te le rappeler une fois de plus. Histoire que tu apprennes par coeur la leçon. Peut-être même pour te dégoûter pour que tu ne veuilles plus jamais recommencer. Parce que ça doit se finir un jour, et dans ton monde c'est toujours un jour trop tôt. Alors quoi ? On fait demi-tour et on déchire les pages où s'écrivait amour. Histoire d'oublier, de ne pas se souvenir, de ne pas avoir mal, de ne pas manquer de lui, d'eux, de tous ceux qui sont partis les uns après les autres. On déchire les pages une à une, et on les brûle, toutes, sans exception. Comme si les souvenirs pouvaient y périr eux aussi. Oui, un été où l'on apprend que le passé ne se consume jamais, qu'il n'est pas seulement de virgules et de points, mais qu'il subsiste dans chaque parcelle de nos âmes, nous invite à des jours clos, à des danses solitaires. Oui au fond, tu le sais depuis le début, le passé est cet assassin qui te traque, recruté par les soins des autres, le passé te tuera. Alors peut-être vaut-il mieux arrêter de recommencer. Et s'enfermer.
En ermitage.